Trouver son rythme
Notre vie est régie par les emplois du temps, les agendas, les plannings, les calendriers et tous les évènements qui tombent chaque année le même jour. On décrète qu'à tel âge, il faut savoir faire ceci, à tel autre, cela. C'est ainsi tout au long de la vie.
Je n'ai jamais aimé ça, les calendriers et les traditions. Ce n'est pas mon truc car cela m'enferme dans un carcan qui, s'il m'a convenu un jour, peut ne plus me convenir l'année suivante. C'est bien, cela signifie que j'évolue.
Seulement, parfois, l'évolution ne va pas aussi vite que ce que l'on désirerait et on a la sensation de stagner.
Pourquoi avons-nous cette sensation ? Car nous ne cessons de nous comparer aux autres et nous constatons à quel point notre rythme est différent.
Avez-vous déjà eu l'impression de ne jamais avoir le bon rythme ?
Moi oui, très fréquemment. Soit, je suis en avance, soit je suis en retard, mais je ne suis jamais là où il faut au bon moment.
J'ai toujours eu l'impression d'avoir raté le coche, de ne pas être montée dans les bons trains aux bons moments et de me retrouver à des destinations totalement opposées à celles vers lesquelles je souhaitais aller, des destinations que la plupart des gens avaient atteintes avant moi.
Mais souhaitais-je vraiment atteindre les mêmes destinations que tout le monde ? Avais-je les mêmes buts, les mêmes envies ? Peut-être. Mais peut-être aussi que j'avais besoin de les vivre différemment, avant ou après tout le monde, jamais au même moment. Simplement pour faire les choses à ma façon et trouver ce qui fonctionne pour moi.
Seulement, quand on veut aller son propre rythme et agir pour soi, on s'attire les foudres de notre entourage.
Le retard
Je vais vous faire une confidence, j'ai raté mon bac.
J'ai raté mon bac, par conséquent, j'ai redoublé ma terminale. À l'époque, je m'étais mise en tête et on m'avait mis en tête que j'allais avoir un an de retard sur mes personnes de mon âge. Pourtant, durant cette année, on m'a très peu pointée du doigt parce que je faisais une seconde terminale. J'ai juste passé un an de plus au lycée et j'étais enfin parfaitement intégrée.
J'ai survécu à cette année "de retard" et mieux que ça, je l'ai énormément appréciée parce qu'elle était faite pour moi, parce que c'était exactement ce que je devais vivre. Cette année supplémentaire devait faire partie de ma vie, de ma réalité.
Parce que ma réalité, c'est qu'aujourd'hui, personne n'en a rien à faire de l'âge auquel j'ai obtenu mon bac. Je l'ai eu, c'est l'important.
L'avance
Cependant, le retard n'est pas uniquement ce qui est reproché aux gens, bien au contraire, on trouve aussi le moyen de nous reprocher l'avance que l'on peut prendre.
J'ai deux autres anecdotes pour vous. J'ai appris à lire tôt, vraiment très tôt. À quatre ou cinq ans, je dévorais déjà les livres pour enfants de ma bibliothèque. J'étais fascinée par les mots, ce que cela permettait de transmettre. Mais ça n'allait pas parce que j'étais en avance et qu'à cet âge-là, j'aurais plutôt dû porter un intérêt à dessiner ou à faire de belles boules de pâte à modeler.
Toujours lors de mes quatre ans, j'ai voulu apprendre à nager. Mon dieu, quelle demande n'avais-je pas formulée ! Le moniteur – qui m'avait jetée dans le grand bain avec une simple planche – a dit à ma mère qu'elle était irresponsable et qu'on n'apprenait pas à nager à cet âge-là, qu'elle n'avait pas à répondre à tous mes caprices. Je voulais juste apprendre à nager, un truc qui pouvait me sauver la vie. Finalement j'ai appris, de mon côté, à mon rythme, avec ma famille.
Oui, j'ai témoigné un intérêt pour ces domaines tôt. Et alors ? Je sais lire et nager, et c'est ce qui compte. Le reste importe peu.
Le bon rythme
Vous voyez où je veux en venir avec tout ça ? Lorsque l'on est considéré comme "en retard", ça ne plaît pas et, lorsque l'on est considéré comme "en avance", ça ne va pas non plus. On n'entre pas dans les normes, ce cadre imaginaire dans lequel on voudrait à tout prix nous tasser. Alors, on nous fait avoir honte, on nous répète que ce n'est pas normal. Il faut respecter le timing décidé par la société pour je ne sais quelle raison.
La réalité, c'est que la notion du temps telle que nous la connaissons est une invention purement humaine. Les dates, les âges, ne sont définis que par un calendrier imaginaire auquel nous nous plions mais cela n'existe pas réellement.
Chacun d'entre nous est unique, par conséquent, demander à tout le monde d'aller au même rythme est complètement absurde.
Nous devons faire les choses et passer les étapes de la vie lorsque nous sommes prêts, lorsque le timing est le bon pour nous. Plus nous nous forcerons à aller au rythme des autres, plus nous serons mal à l'aise.
Aller à son rythme ne signifie en aucun cas échouer, au contraire. Cela signifie juste que l'on s'écoute, que l'on sait ce qui est bon pour soi.
Les gens ne sont pas des moyennes et des statistiques. Les gens sont tous des individus uniques qui n'ont pas à rentrer dans des cases.
Vous vivez toujours ce que vous avez besoin de vivre pour vous faire grandir, qu'importe l'âge auquel vous expérimentez ces évènements.
Vous n'êtes pas en retard, vous n'êtes pas en avance, vous allez à votre rythme.