Le maquillage

Le maquillage


Combien de fois m’a-t-on répété de porter du maquillage ? Combien de fois ai-je été critiquée sur ma façon de me maquiller ?

Pour ces deux questions, la réponse est : trop de fois.


Tout le monde devrait être autorisé à se maquiller s’il le souhaite, les femmes comme les hommes. En revanche, l’inverse est aussi vrai. Quelle est cette injonction selon laquelle les filles doivent obligatoirement se maquiller pour être belles ? Qui en a décidé ainsi ? Quelqu’un de l’industrie cosmétique, à n’en pas douter. Pas très étonnant vu le marché qu’il y a autour du sujet de la beauté, que ce soit le maquillage, les produits pour la peau, ou les instituts de beauté. C’est fou l’argent qu’il faut dépenser pour répondre à des injonctions !

On en viendrait presque à oublier un point important : la beauté est subjective.


Je suis sûre que l’on vous a déjà dit qu’il fallait souffrir pour être belle. Existe-t-il une phrase plus superficielle que celle-ci ?

Personnellement, je préfère ne pas souffrir et ne pas être belle aux yeux des gens. C’est un choix comme un autre.


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J’ai beau être une fille, je n’ai jamais été attirée par le maquillage. Je ne piquais pas celui de ma mère étant petite même pour faire semblant et je n’en demandais jamais. Je ne supportais pas quand on voulait me maquiller pour Halloween ou Carnaval, il fallait rester stoïque pendant un trop long moment à mon goût. Je n’arrêtais pas de bouger et je finissais inévitablement par me faire engueuler. Ce n’était tout simplement pas mon truc, je ne trouvais pas ça spécialement beau. Et puis, je ne pouvais ignorer la sensation désagréable d’avoir quelque chose de gras sur le visage et les odeurs qui venaient avec les différents produits.

Je me disais que quand je serai plus grande, j’aurai envie de me maquiller, comme toutes les femmes de mon entourage.

Vers la quatrième, quand les filles de ma classe ont commencé à porter du maquillage – de façon plus ou moins discrète – moi, ça ne m’attirait toujours pas. Dans les magazines pour ado que je feuilletais, je ne m’attardais jamais sur les pages beauté parce que ça ne m’intéressait pas. Naïve comme j’étais, je me disais que ça viendrait avec le temps.

Ça n'est jamais venu.

Quand je suis rentrée en seconde, ça ne me disait toujours rien. Je n’avais pas de problème de peau et je n’avais pas envie de me lever plus tôt tous les matins pour tenter de me faire une tête potable selon les standards de la société, j’avais déjà fort à faire avec les cheveux qui n’avaient jamais la forme que je souhaitais leur donner.

Quand je suis passée en terminale, on m’a tous les jours rabâché de me maquiller. Tous les jours, je trouvais une nouvelle excuse pour ne pas le faire, généralement que je m’étais levée trop tard. Il était hors de question pour moi de céder à la pression des personnes que je ne portais pas dans mon cœur, surtout pour les quelques mois qu’ils me restaient à passer en leur compagnie.

J’ai tenu bon, je n’ai plus vu ces personnes, je n’aimais toujours pas le maquillage et j’ai passé une seconde année de terminable sans jamais peinturlurer mon visage pour aller en cours. 


Pourtant, l’été avant d’entrer en études supérieures, j’ai eu envie de changement. Je voulais que, pour une fois, on me trouve jolie, j’avais envie qu’on me le dise alors, j’ai acheté le nécessaire pour commencer à me maquiller. Eh bien, les produits cosmétiques, ça coûte affreusement cher !

À cause du prix, je n’avais pas envie de gaspiller alors, j’appliquais sur ma peau des produits périmés depuis plusieurs mois. J’ai eu la chance de ne pas avoir de problèmes suite à ça.

Petit à petit, je suis tombée dans le piège que je souhaitais à tout prix éviter.

Sortir sans maquillage m’était devenu impensable. Même lorsque j’étais malade, je passais du temps dans la salle-de-bain à tenter de me faire un tête que je jugeais à peu près convenable avec un fond-de-teint qui ne correspondait absolument pas à ma carnation.

À force de me regarder dans le miroir tous les matins j’ai fini par voir la moindre de mes « imperfections », les endroits de ma peau un peu plus secs, les plus petits boutons. Il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. Un jour, je ne me suis plus vue sortir sans maquillage. Moi qui ne m’étais jamais trouvée laide, j’ai commencé à complexer et à ne plus aimer mon visage.


Et puis, mars 2020 est arrivé. Avec lui, le covid et le confinement. C’est à ce moment-là que j’ai arrêté tout bonnement de me maquiller. Je ne sortais pas de chez moi, ça ne servait à rien. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu l’impression de me réapproprier mon visage. Je ne cherchais pas à plaire à qui que ce soit d’autre que moi-même.

Plus tard, quand il a fallu porter un masque, je ne voyais pas l’intérêt de me maquiller uniquement la partie supérieure du visage.

Toute cette période m’a permis de me désintoxiquer. Aujourd’hui, il ne me vient même plus à l’idée de porter du maquillage avant de sortir de chez moi. Sauf si j’en ai envie, naturellement, pour des occasions spéciales et la dernière fois que je l’ai fait, je me suis souvenue de pourquoi je n’aime pas ça :

Je n’ai jamais réussi à trouver la bonne couleur de fond de teint. Et pourtant, j’ai essayé plusieurs marques. Il n’y a rien à faire, je suis toujours beaucoup trop orangée à mon goût.

Je ne sais pas appliquer de crayon, ni d’eye-liner et, soyons honnête, je n’ai aucune envie d’acquérir cette compétence.

Je n’aime pas sentir quelque chose sur ma peau.

Je n’aime pas les odeurs qui se dégagent des produits.

Je n’ai pas la patience nécessaire pour bien me maquiller.

Ai-je vraiment envie de forcer à être ce que je ne suis pas pour plaire à des gens qui n'accepte pas la vraie moi ?


Toute cette histoire m’aura confortée dans mon idée de départ : le maquillage, ce n’est pas fait pour moi. 

On a essayé de me le faire aimer, on a essayé de me forcer, on a essayé de me faire complexer, on a presque réussi à m’avoir mais la vraie moi n’est pas faite pour ça.

La vraie moi n’aime pas le maquillage et ne se sent pas plus belle en en portant, bien au contraire.

La vraie moi aime son visage comme il est et si j’ai un bouton ou quelques rougeurs de temps en temps, ce n’est pas bien grave, c’est la vie, ça changera.

Je n’ai pas à porter du maquillage pour plaire à quelqu’un d’autre si, à moi, ça ne me convient pas. La première personne qui doit m’aimer, c’est moi-même. Et je suis heureuse d’affirmer que je m’aime à mon état naturel.