Ça va ?

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J'ai toujours posé beaucoup de questions, à tel point que l'on m'a reproché d'en poser trop. Figurez-vous que l'on m'a également fait le reproche inverse. Les gens ne savent jamais ce qu'ils veulent, mais ce n'est pas le sujet du jour.

Par contre, il y a des questions auxquelles moi-même je n'ai pas envie de répondre, des questions qui relèvent de ma vie privée et celles auxquelles je dois modifier la vérité pour continuer à être bien vue.

Modifier la vérité, tout le monde le fait, rares sont ceux qui l'admettent. Pourtant, nous devons bien admettre qu'il y a des questions qui exigent de ne pas se montrer totalement honnête. Ce sont des questions auxquelles on n’a pas forcément envie de répondre. C’est le cas du fameux “Ça va ?”


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Une question de politesse

Demander à quelqu’un s’il va bien fait partie intégrante des salutations, représente la politesse, est une manière de socialiser, mais est aussi terriblement hypocrite.

Qui désire réellement connaître ce que ressent son interlocuteur ? Très, très peu de monde, pour ne pas dire personne, et surtout pas lors d’une rencontre tournant autour d’un sujet tout autre.

Mais est-ce réellement poli de demander si ça va à quelqu'un qui a une tête déconfite ? Je n'en suis pas persuadée. Selon moi, cela veut surtout dire que l'on ne prête pas attention à la personne. Je considère que c'est cela qui démontre réellement qui on est, bien plus que l'application des conventions que requiert la politesse.

Toujours pour cette question de politesse, on répond que l’on va bien par automatisme, sans forcément penser ce que l’on dit. Ça va parce que ça doit aller, quoi qu’il arrive.

Seulement parfois, on veut répondre l’exact opposé.

Parfois aussi, on a envie de s’exprimer sans pour autant être en mesure de mettre ses idées en ordre. Parfois, on passe des jours à avoir envie de pleurer sans verser une seule larme. Parfois, on n’arrive simplement pas à mettre des mots sur ce que l’on ressent.


Les blocages

C’est comme si les émotions étaient bloquées, comme si on n’était pas autorisé à dire autre chose que “Ça va” lorsque l’on nous demande si tout va bien.

Peut-être bien que l’on n’y est pas autorisé, en fin de compte. Après tout, qui attend une réponse sincère à un “Ça va ?” Les gens ont déjà bien assez à faire avec leur vie et n’ont pas spécialement envie d’entendre les problèmes des autres, encore moins de s’en occuper.

Donc, on se montre poli, on répond que l’on va bien et on retourne la question avant d’avoir le droit à la même réponse, mais tout ce que l’on veut, c’est hurler que rien ne va.

On apprend à occulter ce que l’on pense réellement. On finit par restreindre son vocabulaire concernant nos émotions pour finalement en identifier que quelques-unes ; un peu comme dans le premier film Vice-Versa (2015) qui se concentrait uniquement sur la joie, le dégoût, la colère, la peur et la tristesse.

Oui, on ressent tout cela, mais on ne ressent pas QUE cela.

C'est sûrement la raison pour laquelle d'autres émotions ont été ajoutées dans le second opus de ce film.


Reconnaître ses émotions

Selon une étude menée en 2017 par l’université de Californie, les êtres-humains ressentiraient vingt-sept émotions, parmi lesquelles les cinq citées précédemment, mais également l’adoration, l’ennui, la sérénité, la surprise et la nostalgie.

Je suis persuadée que l’on ressent bien plus d’émotions que celles recensées, on ne sait juste pas comment les décrire, alors on se raccroche au vocabulaire que l’on a et on choisit le mot qui se rapproche le plus de ce qu’il se passe au fond de soi et on se satisfait de cette approximation.

Moins on est en mesure d’identifier clairement ce que l’on éprouve, plus on fait comme si toute cette palette était inexistante.

Comme si ce que l’on ressentait n’avait aucune importance.

C’est le problème que pose cette question “Ça va ?”


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Débloquer ses émotions

Pourtant, ce que l’on ressent a toujours de l’importance et l’exprimer est encore plus important. Si on n’a pas la possibilité de parler à quelqu’un, l’écriture est une excellente option.

Certes, personne n’est là pour nous apporter son point de vue, ni pour nous réconforter, ni pour nous faire réfléchir, mais écrire permet de se décharger et de prendre du recul sur ce que l’on vit.

Face au papier, on peut répondre ce que l’on veut, il n’y a aucune règle de politesse, on a le droit de s’exprimer comme on le souhaite. On a le droit de faire des fautes, on a le droit d’avoir une écriture indéchiffrable, on a le droit de pleurer sans sentir des regards gênés.

On a le droit d’être soi-même, tout simplement.

Voilà pourquoi j’aime tant écrire, parce que je n’ai pas à jouer un rôle, parce que lorsque le stylo entre en contact avec le papier, je suis pleinement moi.

Et je réponds ce que je veux au “Ça va ?”


Nb : Une partie de ce texte est issue de celui du même nom que j'ai rédigé et publié à l'adresse suivante : J'écris. Pour les besoins de J'expérimente, il a subi quelques modifications.

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